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Revue de presse

Revue Diagonales 2013
"Lien social et santé psychique"

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diagonale 2013

Les Suisses ont mal à leur travail

«On est en train de griller l'humain»

Anne Hemmer | Le Matin

Le nombre de problèmes psychiques liés à l'emploi est en constante augmentation.

En cause: le salarié est considéré comme une machine juste bonne à faire du profit.

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Barbara Zbinden est la coordinatrice des associations d'action pour la santé psychique. © Laurent Crottet

«L'individu n'est plus qu'une machine juste bonne à réaliser un maximum de profits. Or il n'est pas une machine, mais un humain, qui a ses limites, d'où l'augmentation des burn-out, suicides, voire actes violents contre ses employeurs.» Tel est le triste constat de Barbara Zbinden de la Coordination romande des associations d'action pour la santé psychique, qui organisait hier une manifestation dans le cadre de la Journée mondiale de la santé mentale à Fribourg.

«Si le salarié n'est plus que machine, alors on peut lui en demander toujours plus sans s'inquiéter de comment il va», explique Barbara Zbinden. D'où les heures supplémentaires, la pression pour qu'il en fasse plus, mieux et plus vite. «Et le salarié n'a pas le choix, car il vit dans la peur incessante de perdre son job», ajoute-t-elle. Chacun entre alors en compétition avec ses collègues, ce qui détériore encore davantage le climat de travail.

Les nouvelles technologies participent aussi à cette augmentation. «Avec les e-mails, on est dans le vite, vite, souligne-t-elle.

Avec les téléphones portables, on se doit d'être joignable 24 h sur 24.» Aujourd'hui, 34% des personnes actives souffrent de stress au travail, contre 24% il y a dix ans. «Et cela ne reflète sans doute pas la réalité, car beaucoup n'osent pas l'avouer, note-t-elle. Car à notre époque, on n'a pas le droit d'être faible.» Les milieux les plus touchés: la finance, les soins et l'enseignement.

La responsable d'ajouter que le travail n'est que le reflet de la façon dont on voit l'être humain dans notre société: «Tout commence à l'école, où l'on note la performance, sans tenir compte des aptitudes sociales. C'est donc à la racine qu'il faudrait tout reprendre. Car on est en train de griller notre matière première: l'être humain !» ?


TÉMOIGNAGE

didier

Didier Clavien 51 ans, sans emploi


Mes collègues m'ont cassé

 

Que s'est-il passé au travail ?

Je ne supportais pas le rythme des trois fois 8 h. A cela s'est ajoutée une horrible compétition à l'interne pour un poste. Mes «collègues» m'ont cassé. Sans aide de personne, je suis tombé dans la dépression et on m'a licencié.


Comment ça va aujourd'hui ?

Mieux, même si je n'ai toujours pas de travail. Car cela a été une spirale infernale : dépression, alcool, tentatives de suicide, divorce, isolement. Je tends à m'en sortir grâce à mon psychiatre et à ma seconde épouse. En parler autour de soi est essentiel.

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